A Toi
Ce week end je m'suis fait la secrète, enrobée de noir du haut en bas. Sans rien dire à ceux qui me sont proches, surtout pas ceux qui en souffriraient. J'ai remis mon deuil mine de rien, enrobé du brouillard d'automne. Celui qui dure ici depuis des jours et qui masque si bien les yeux brume.
J'ai activé mon mode *inside*, masqué par un mode *action* : nettoyer tout de fond en comble et refaire window c'est pratique, ça fait fuir les implications. J'ai pensé *ça fait onze ans cette année, le temps file mais rien ne s'oublie*, surtout pas toi que je continue, dans le sang qui coule au fond de moi.
Je t'ai revu sur le pas de ma porte, en départ , les valises en main l'air décidé. T'as pas voulu que je t'accompagne, pour conduire ça irait très bien. Tu m'as souri de ton air bravache et t'as dit * le vieux n'a besoin de rien, prends soin de toi MA fille chérie, moi tu sais, y a plus que toi qui compte. Maintenant je me répète chaque jour : quand le bon Dieu fermera mon parapluie, je dirai merci..*
Je t'ai dit *vas-tu bien te taire !* et regardé ta voiture partir, tout au loin petit point de poussière, sans savoir que t'allais plus jamais revenir. Tu as arrêté la machine et refermé ton parapluie, tout là bas seul dans ta ptite chambre, je ne l'ai pas senti venir. Tu as lâché la mécanique, celle qui t'avait déjà fait défaut. Au fond tu as tenu tes promesses, tu ne m'as pas laissé seule à 16 ans.
Alors j'ai fait la longue route, en voiture pour pleurer à l'aise. Ils m'ont remis dans une simple enveloppe ta montre et ta chevalière. C'est con mais j'ai gardé le plis, c'est écrit : * Jewellery Mister C..* Ils t'avaient fait tout beau dans ton bois de couche. Paisible, tu semblais dormir. John était tout à mes côtés, le seul à vouloir encore te regarder.
J'ai passé ta médaille au cou, celle que tu ne quittais jamais. Et j'ai glissé tout à tes côtés un dessin de ton petit bout, avec un lettre de moi, c'est con .. Avant de t'embrasser et sortir. Et puis tout le reste a suivi, tout ce que l'on ne voudrait jamais faire. J'ai serré dans mes bras tant d'inconnu/es, ou ils m'ont serré, je ne sais plus. J'ai écouté tellement de merci , pour toute l'écoute et l'aide qu'ils avaient reçu de toi, que mon coeur s'en est pris des baumes.
Alors ce week- end en silence, entre ménage et window XP, j'ai pensé à toutes tes présences en caressant ton chapeau fané, celui avec les plumes de faisan que tu portais visé sur ton crâne. J'ai relu toutes tes lettres immenses de ta petite écriture serrée en tournant dans mes doigts, c'est bête, ta grosse chevalière toute usée. Et j'ai su qu'on ne s'en va jamais, même loin on est toujours à côté.
J'ai souri à tes écritures, à ton style qui était tellement toi, toi qui savais si bien écrire et qui disais *quand je te regarde je me vois, bon sans t'es vraiment ma fille, à ton âge c'est fou ce que je me revois*. quand je pense que ça m'embêtait, maintenant tu vois j'en suis fière...
Aujourd'hui, je crois que je peux t'écrire et je t'imagine tout là haut amusé. A me lire de temps à autre sur l'ordi 100% ailé. Alors, Papa je vais te dire : *le jour où le bon dieu fermera mon parapluie, je dirais merci*, car maman et toi m'accueillerez. Mais t'inquiète pas, j'ai le temps encore, simplement je n'ai plus peur d'y aller...
