Séducteur
SPCA : Sultan, le chat sexy aux 67 partenaires et 321 ...
La pub Canadienne qui fait fureur ces temps sur le web , il faut dire que sous l'air humoristique et le regard de velours du séducteur , le message est détonant ...
Comme disait le renard au petit Prince : *on devient responsable de ce que l'on apprivoise*
Ce qui m'amène à vous raconter la triste histoire de mon petit poilu affectueusement surnommé *Nicky*
Quand je dis le petit, c'est évidement le petit bout de chout de droite, pris son l'aile protectrice du gros débonnaire Orphée de gauche.
Ce kiki là avait eu la malchance de naître dans un grand élevage, un de ceux qui font avec fierté des nouvelles races créées pour la beauté et la postérité. Dans le cas présent, mon kiki avait des parents de haute lignée. Ses fiers éleveurs étaient parmi les premiers en France à *travailler* l'Oriental Peterbald.
Une race fabriquée totalement par l'égocentrisme humain pour la beauté des podiums et le plaisir des coupes rapportées à des gens pensant vraiment faire évoluer le monde félin. le Peterbald est un croisement entre un oriental (soit un siamois dont la couleur est sur toute la robe) et un Sphinx du Don (soit un chat nu originaire de Russie) afin d'obtenir des orientaux nus. La bêtise humaine n'a pas de limite n'est ce pas quand il s'agit de créer des animaux de mode sans penser à plus ?
Le petit bonhomme a donc hérité d'un pedigree à faire pâlir le vôtre, d'un nom ridicule à particule imprononçable et d'un devoir de séduction obligatoire pour rallonger le pedigree familial. Oui mais voilà, lui c'était le rebut de la belle nichée, l'avorton décevant rempli de poils qu'il n'aurait jamais dû avoir (quand l'humain joue au créateur il y a forcément des rebuts et les rejetons naissent avec différentes longueurs de poils, donc certains sont des rebuts)
Qu'à cela ne tienne, on peut tout de même limiter les dégâts et utiliser les rebuts comme reproducteurs une fois ou deux, on démarre une belle race non ? Le petit gars a donc été séparé de sa mère bien trop tôt et bradé à un autre éleveur avec pour mission d'élever sa chatterie d'un étalon futur porteur de ce magnifique gène nu... Qu'est ce qu'on s'en fou des rebuts après tout.
Il a échoué en cage ailleurs quelque part où tout le monde s'en fou pour n'en sortir que de rares fois quand une jolie demoiselle chat était à disposition pour la noblesse de la race. Si on vous mettait en cage, vous, vous auriez envie de séduire sur demande juste pour dégourdir vos pattes ? Il a bien essayé, mais comme il traînait des ennuis de santé depuis sa naissance (quelques croquettes et peu de soins ont entamé ses pauvres intestins fragiles), il n'y est pas arrivé.
Alors, dehors le rebut... Inutilisable, peu productif, pas intéressant, ouste. Je l'ai récupéré un soir, entre deux portes de toilettes d'un Macdo, des mains d'une grande dame qui s'en est débarrassée avec soulagement après avoir vu sa tête de misère sur un site d'annonces où il était revendu pour une bouchée de pain. Un chat timide et pas vraiment câlin d'après elle.
Un malheureux maigre à faire peur surtout, poil hirsute et épars, reins creusés de misère de maladie et de faim, regard appeuré et tellement triste. Le Kiki a vécu plus de trois mois caché sous mon lit, avec des courses poursuites d'enfer pour le soigner de sa saleté de giardiose et de ses yeux larmoyants. Puis peu à peu à force de patience, la maladie s'en est allée définitivement, le poil a poussé alors qu'il n'aurait pas dû et le rescapé a appris à vivre avec l'aide bienveillante et bonhomme du gros Orphée qu'il a pris pour sa mère de substitution. Les animaux sentent la détresse des autres et ce gros persan est magique quand il s'agit d'être un thérapeute.
Il a fallu plus d'un an de patience pour lui faire oublier sa misère, pour lui apprendre que le monde est plus grand qu'une cage, pour qu'il sache que la gamelle est toujours assez remplie et pour que ses intestins apprennent à fonctionner à peu près normalement. Plus d'un an pour qu'il se sente chez lui et pour qu'il agisse comme un vrai oriental pot de colle, envahissant, drôle, causant et affectueux.
Il prend encore un air inquiet quand une main se tend, mais il ne recule plus, il attend de voir si elle caresse ou si - peut être- elle taperait tout de même. Il a une voix de petit chaton triste qui ne changera sans doute jamais, mais il est devenu un chat heureux, rempli de poils serrés doux et chauds comme un vrai chat.
Quand à la sublime dame qui s'en est débarrassé, elle sévit encore dans le magnifique milieu félin comme éleveur de renom, elle monte encore sur des podiums ici et là dans des expositions de prestige quand dans ses cages immondes des pauvres bêtes survivent encore. Elle vend encore ses avortons issus de pédigrées à rallonge en affirmant qu'ils sont très câlins et bien socialisés. C'est tellement pratique d'habiter près d'une frontière étrangère....
On est responsable de ce que l'on apprivoise ...


