L’excursionniste (1)
Domina travel, pour les dames et leur mâle de voyage... Ca ne s'invente pas :-)
Puisque c'est, parait il les vacances, voici la première partie d'un petit conte, qui j'espère vous distraira :-)
L’excursionniste (partie 1)
Ce jour là, pour des raisons inconnues, il avait décidé de prendre le train. Elle avait rit au téléphone à l’annonce de son arrivée et ajouté d’une petite voix douce « au moins tu seras à l’heure cette fois ».
Bien installé dans le wagon qui le menait en droite ligne vers Elle, il se dit que, peut être, cette petite voix ne présageait rien de bon.
Bah il verrait bien, il avait une bonne heure devant lui pour se détendre et oublier le stress de sa journée. La chaleur se faisait étouffante, il ouvrit la fenêtre de son compartiment et s’allongeât sur le siège de velours en se félicitant de s’être vêtu léger : chemise courte à col largement ouvert et pantalon de toile ample. Son collier et ses petits jouets rangés sagement dans le sac de voyage au dessus de sa tête. Une heure c’était plus qu’assez pour les sortir avant l’arrivée, autant voyager libre et sans contrainte.
A l'arrivée c’était l’effervescence, le vendredi avait été brûlant et les voyageurs énervés et suants remplissaient les quais de leur flots bruyants, impatients de commencer le weekend.
Après plusieurs tours de rond point, Elle coupa la route à un goujat resquilleur et glissa sa voiture dans une place qui se libérait puis, dans la fournaise de la place grouillante de monde, se rendit d’un pas décidé vers la voie numéro deux.
Ses talons martelaient en cadence leur petite pointe de métal dur sur le macadam « tac tac tac ». Complètement indifférente à la foule qui la détaillait du regard, Elle monta sur le quai et fit les cent pas, impatiente.
Il est vrai qu’Elle devait faire tache, toute de noir gainée, perdue dans cette nuée colorée dévêtue et estivale. Sa crinière rousse emmêlée par le vent, sa combinaison moulante rehaussée d’une large ceinture à franges qui lui battait les cuisses à chaque pas, mais surtout, à en lire les regards ébahis, ses hautes cuissardes de cuir noir dont dépassait une fine cravache rouge qu’Elle avait glissé contre sa jambe et qu’Elle tapotait nerveusement.
Pour tuer le temps, Elle sorti une Dumont de son sac et, lorsqu’Elle y glissa son briquet, une fine laisse métallique se déroula au dehors, tel un serpent ravi de prendre l’air. Elle fit mine de la rattraper, puis avec un petit sourire intérieur, renonça à la camoufler.
Bras croisés, la fine cigarette entre ses griffes rouges, Elle fit demi-tour et plongea son regard de braise en pleins dans les yeux d’un badaud qui la reluquait de la tête aux pieds. Penaud, il baissa de suite le regard et fit mine de s’absorber sur les talons qui battaient la cadence de ses petits pas fébriles.
Un dandy aux tempes grisonnantes, genre beau mâle sur le retour, s’approcha d’Elle l’air gourmet et lui dit d’un ton sûr de lui. «Puis-je vous êtes d’une quelconque utilité, Madame ?»
« Peut être… » Lui répondit-Elle d’un ton sec en soutenant la lueur de ses prunelles grises qui ne cillèrent point. «Vous avez l’heure exacte sur cette chose qui vous sert de montre ?»
Il perdit quelque peu sa contenance et répondit hésitant en regardant sa Rolex « Euh, il est dix huit heure treize… »
« Bien » dit-Elle, le regard déjà ailleurs « Vous avez été parfaitement utile.»
Décontenancé il battit en retraite, alors qu’elle fixait un point au lointain : le train arrivait en gare.
A suivre...

