Et si...

Si j'étais UN dominant, je serais sans doute capable de maitriser mon sujet avec force et brio. Je serais sans doute capable de me détacher complètement de la scène que je vis pour appliquer minutieusement la sentence choisie ou le supplice attendu ou le délice en allant crescendo avec précision et détachement vers le but ultime qui est de mener ma soumise pantelante vers un bien être au bord de ses limites.
Je pourrais alors la prendre dans mes bras protecteurs et la cajoler ou la féliciter d'avoir vibré, vécu, subit avec tant de beauté un spectacle dont j'aurais été l'auteur attentif. Je pourrais alors la rassurer sur ce qu'elle a ressenti, la caresser doucement pour la faire revenir sur terre et lui sourire les yeux dans les yeux de toutes ces merveilles qu'entre mes doigts j'aurais créé.
Mais sapristi, je ne suis pas un homme et j'observe, je lis, j'entends bien peu de soumis pantelants, quasi aucun ne me raconte ses vibrations intérieures, ses états de semi apesanteurs oú après avoir vibré ils s'abandonnent tendrement aux pieds de leur maitresse ou dans leurs bras d'ailleurs. Pourtant je les lis, je les entend, je les vois vibrer à l'unisson. Mais une fois ce moment d'égarement passé , le soumis, contrairement à la soumise, ramasse ses petites affaires, remballe son petit matériel et reprend allure humaine, comme si rien ne s'était produit. Tout juste parfois observe t'il ses marques l'air connaisseur en disant "tudju belle estafilade" Un peu comme le mâle heureux et vidé qui l'air nonchalant sort son paquet de gitanes et va en siflotant au frigo pour se boire sa ptite bière.
J'y vais fort? Voui peut être, mais tout de même, j'observe une différence énorme entre les deux sexes. Alors je m'interroge tiens: suis je une Domina ? Car je lisais tout à l'heure l'affirmation suivante énoncé par une euh.. domina : "Un (ou une) dominant(e) est incapable de donner. La relation avec le (ou la) soumis(e) n'est que la somme de deux égoismes réunis".
Bon alors, je ne suis pas une domina... Car moi quand je domine j'ai besoin de sentir, quelque soit mon sujet, j'ai besoin de le connaître, de savoir comment il vibre, tel un instrument de musique. J'ai besoin de poser mes doigts et de l'apprivoiser, de le sentir frémir sous mes griffes qui le touchent. Les yeux mis clos, j'ai besoin de le réinventer et de sentir sa peau qui vient sous mes caresse. Peu importe oú je suis, plus rien n'existe autour si je sens qu'il me suit. Je suis comme dans une bulle, capable d'oublier tout, sauf ce qu'il est et comment il réagit. Je m'oublie totalement moi même, au point de suivre son cheminement, son plaisir tout entier, son émotion que je partage comme un voile qui l'entoure et s'en enivre. Je ne suis plus que le prolongement, de lui même et avec patience et douceur je me fond dans ce qu'il vit. Son plaisir est physique et moral tout autant c'est certain, le mien n'est que communion, comme si je sortais de moi même, je ne sais que donner... Alors je ne suis sans doute pas une domina, je ne suis qu'une femme qui au lieu de prendre, ou même se donner, donne et est toute à l'écoute de ce qu'il vit.
Alors j'ai du mal à comprendre, comprendre comment on peut me dire l'air grognon "vous savez madame, j'ai pas eu assez de ceci, elle ne m'a pas donné suffisamment de cela" ou encore pire "voui bon c'était pas mal". Pourtant ils ont vibré ces mâles là, ils ont frémit, senti, gémi, tendus leurs fessiers impatients et leurs queue insolentes vers celles qui plongeaient dans leurs supplices. Mais point de tendresse ensuite, point d'égarement les yeux dans les yeux comme la soumise repue, point de soupirs et de gestes tendres.. Point, voilà bien le mot: c'est fini, point.
Savent ils donc combien quand on les couve, quand on les réinvente et qu'on boit à leurs dons, savent ils donc combien on ne prend rien et qu'on leur donne, avec toute l'émotion dont on est capable, le meilleur de nous même. Je finis par en douter quand je les vois remballer toutes leurs petites affaires et prendre l'air de rien et je me dis parfois "ahh si j'étais un homme"...
Lady_DvL