Négligence (fin)

Les mots dansent leur sarabande infernale, en cognées répétées tout le long du chemin jusqu’à, enfin, mon dieu, enfin sa porte !
Il frappe, à petits coups discrets, comme pour s’excuser déjà. S’excuser de son trouble, de la sueur qui ne l’a pas quitté, de tout ce qui se bouscule dans sa tête et qui lui durcit la queue à chaque fois qu’il arrive.
« Entre » claque sa voix et c’est ce qu’il fait en poussant un énorme soupir.
Souriant il crâne, pose l’eau en maître sur la table, tend sa rose et lâche le slip l’air mutin.
« Ramasse ! » dit-Elle, son regard, glacé, planté droit dans ses pupilles noires « j’avais dit sur le comptoir… Tricheur ! »
Il soupire, le sourire collé à ses lèvre, comme une excuse, s’exécute puis soudain pâlit de toutes ses pores : le collier, mon dieu le collier qui tombe dans un claquement sec de sa poche.
Elle ne dit rien, Elle fume, Elle le regarde, tranquille de ses grands yeux verts. Le temps s’immobilise, s’allonge sans complaisance en secondes qui tapent dans son cœur et ses tempes.
« Qu’il y a t’-il d’écrit sur ta médaille ? »
« Plus qu’hier et moins que demain » sort il dans un murmure
« Explique » répond elle doucement de sa voix qui l’enrobe aussi serrée que l’étau qui ne l’a pas quitté
« Je t’aime plus qu’hier »
« Non… »
« Je Vous aime plus qu’hier… » Insiste t’il
« Non… Donne le moi », fait sa voix qui durcit
Il tressaille, les mots se bousculent dans son crâne en fusion, il tremble à présent : « plus qu’hier, je suis à vous et je le suis, oh oui je le suis, moins que demain. »
Elle sourit, éteint sa cigarette, croise les jambes tranquille. « Met le » dit Elle, « si tu l’oses »
Et puis il ne sait plus, il ne sait plus comment il s’est retrouvé là face à Elle, collé au mur. Ses griffes qui s’immiscent dans sa chair, qui arrachent un a un les boutons de sa chemise, qui palpent sa sueur et lui glissent entre les poils. Ses mains qui jettent au loin les lambeaux de sa décence, comme autant de pelures inutiles qui le sépare d’Elle. Comment il s’est retrouvé encordé comme ils aiment, toujours collé au mur, le sexe dur et douloureux d’attendre enroulé dans le sisal aussi rouge que son gland qui luit sous les flammes qu’elle a éparpillées dans la pièce.
Sans défense, cisaillé, resserré, aveuglé de satin, il gémit et attend.
Elle s’approche, le caresse doucement, l’effleure de ses doigts tendres.
« Que veux tu ? » murmure t’Elle
« Vous »
« Mais encore ? »
« Tout, tout ce que vous voulez, tout… »
La main claque, en marque rose sur sa peau humide, elle le caresse l’effleure, retombe à nouveau comme une sentence, encore, encore, encore chante t’elle en chauffant sa peau. Elle dérive, elle s’insinue, l’écartèle et le fouille à présent à l’en faire hurler.
Désir de feu qui le vrille, qui colle son bas ventre au mur. Il halète et se mord les lèvres, tend le cul tel un impudique et sursaute quand d’un grand coup sec Elle le plante et le banderille d’acier froid et lourd. Lion, vaincu d’avance dans l’arène où il sort sans griffe, vaincu et tout encordé, il s’écroule quand, d’un geste brusque, Elle le pousse sur le grand lit noir.
Le sang lui bat dans les tempes, le désir lui vrille le ventre, quand de longues coulées de laves bouillantes viennent pleurer tout le long de sa peau. Il sursaute, frissonne de plaisir et la voit qui sourit, le regard immensément tendre.
Elle l’allonge, l’écartèle encore, assure sa prise par des liens de cuir. Il halète, baigné de sueur et se tend, quand, telle une féline, Elle fusionne sur son corps en feu.
Prisonnier de toute son ardeur, il tremble d’exploser enfin à la voir et l’entendre feuler, mais Elle guette et s’arrête toujours juste au bord de ses jouissances.
Dans la longue nuit qui commence, le vaincu apprendra l’attente. La guerrière a repris ses droits.
Lady_DvL ... Juste impitoyable
