Juste maux 3
Suite des maux
Elle se relève souriante, la cigarette toujours au bout de ses longs doigts nacrés de rouge. Elle lui tourne autour, le scrute, glisse un doigt sous une corde, l’érafle au passage. Elle souffle sur une longue mèche rousse qui lui voile le visage et il aperçoit ses yeux, son regard est très doux, trouble comme à chaque fois qu’il s’offre. Il soupire, il attend.
Elle s’éloigne à petits pas précis du haut de ses cuissardes noires, approche de la fenêtre, soulève le rideau. « Oh il pleut ! » Dit elle en faisant la moue. Dans sa tête tout se précipite, pourquoi s’inquiète t’elle donc du temps ?
Elle lui tourne le dos maintenant et fait glisser doucement sa fermeture éclair. Il aperçoit une épaule nue, puis l’autre, lentement elle se démoule de sa gangue de vinyle qui s’écroule à ses pieds. Il se tend, se durci enserré de ses liens. Ses mains prisonnières ébauchent un geste derrière son dos. Comme il aimerait la toucher, dessiner de ses paumes cette chute de rein cambrée qu’il vénère.
Elle se retourne et lui sourit. « Bientôt » dit elle, comme si elle lisait dans ses pensées troubles. Il est en sueur maintenant, il l’attend. Les quelques mètres qui les séparent lui semblent l’éloigner d’elle dans un vide tout en déchirure.
Elle ouvre l’armoire et saisit une longue robe de jersey rouge qu’elle enfile prestement, remonte le pan et ajuste ses bas sans un regard pour lui. « Tu crois qu’il pleut encore ? » dit elle. Il ne répond rien, il sait qu’il n’y a pas droit et puis qu’aurait il à répondre. Son cœur bat comme un fou dans sa poitrine, il ne sait plus, ne comprend plus, il tremble, il la regarde de toute l’intensité de ses yeux de braise.
Elle s’approche d’un de ces miroirs que les hôtels laissent toujours posés sur les meubles de la chambre, rajuste sa chevelure, lisse la longue mèche rousse qui revient sans cesse s’emprisonner dans ses cils noirs. Elle redessine ses lèvres de ce rouge baccarat qui lui donne toujours envie de la dévorer quand elles s’offrent à sa gourmandise.
Enfin, elle revient vers lui, se penche. Il se tend si fort que se cordes lui font mal, ses yeux supplient, sa peau la réclame de toutes ses pores.
Elle l'embrasse tendrement, glissant sa langue entre les lèvres gémissantes, elle le fouille, le mordille, collée à sa poitrine qui bat à cent à l'heure.
Sauvage, elle mord à sa bouche comme un fruit mûr dont elle se gorge et soudain elle l'aveugle d'un bandeau sur les yeux, ses dents toujours contre son souffle.
"Mhhhh" dit-elle encore, "je t'adore mon tendre, te voilà sage à présent, veux-tu un petit souvenir pour te faire penser à moi?"
Il sent ses doigts sur le bord de ses lèvres et il ouvre la bouche pour les sucer, mais non, diablesse, ce n'est pas ce qu'elle veut...voilà qu'elle lui glisse un bout de satin lisse.
Il est mouillé et odorant et il le goûte avec délice, reconnaissant l'odeur et le goût qu'elle lui donne.
"Voilà" dit-elle satisfaite " Tu es tout à fait convenable. Il faut que je te laisse, sois sage, je n'en ai pas pour très longtemps."
Il entend les talons qui claquent sur le marbre, secs, durs et décidés. Elle s'éloigne, il entend la porte de la chambre qui s'ouvre.
"Ne t'inquiètes pas" dit-elle dans le lointain, "je laisse ouvert ainsi tu ne risques rien"
Elle ne va pas faire ça? Mais si il l'en sait capable. Son coeur bat comme un fou, il a l'impression de n'entendre que lui. Il se sait sans défense, offert à tous les regards qui passent. Muet et aveugle dans sa nuit feutrée de soie et combien impudique, mais il bande malgré le chanvre qui le scie, la peur qui le glace et les anneaux serrés autour de sa queue tendue.
Le coeur fou il entend des pas là bas dans le couloir...
© 2006 DvL. A suivre...


