virtualité en cordes
Lever en douceur, réveil tout en ouate, comme un dimanche en somme. J'adore le petit café à siroter tranquille devant ma boite mail. Le petit café en discutant à l'aise avec quelques amis lointains ou plus proches, les doigts sur le clavier en exercice de réveil calme. Un dimanche en somme. Un peu moins calme aujourd'hui il est vrai, pleins de petites fenêtres où jongler pour répondre à tout le monde, plein de monde ce matin.
Lui parmi les autres en petite fenêtre, lui sur ma liste depuis un moment, d'où vient il celui là, je ne sais plus. il me parle parfois: deux trois mots, un bonjour pas plus. Mais ce matin, le gel sans doute, le voilà tout émoustillé. Ou est ce la douche dont il dit sortir, je ne sais, mais le voilà qui me propose d'ouvrir sa cam (bon dieu, je n'arrive même plus à me souvenir d'où il vient ni même si je sais à quoi il ressemble tsss).
Sa cam, mais pour quoi faire? Allons allons nous n'avons échangé que 20 mots tout au plus depuis qu'il a pris place (je ne sais même plus d'où) dans ma longue liste msn. "Pour un bondage" dit il, sa cam pour quelques cordes. Je dois être mal réveillée, je n'ai pas bien compris l'astuce, aurais je droit à une démonstration de descente en rappel sur mur de salon. "Où voulez vous que je les mette?" dit il "autour du sexe?"
Quoi donc autour du sexe? Ah les cordes, ses cordes, sa cam. Je ris : "désolée, vous savez les cordes je les aime tout partout, un sexe c'est bien trop peu" (Et puis franchement, de vous à moi, vous me voyez parler à un sexe encordé?). "Bon" dit il, "partout alors, donnez moi des instructions".
Simple affaire à faire que d'encorder à distance un mâle nu inconnu en contorsion devant sa caméra, en sirotant mon petit café, cela va de soi. Trois tours à droite, un noeud coulant, deux tours à gauche, trois noeuds plats, et puis tiens rajoutez donc un noeud à paquets deux tours et trois noeuds de grappin, que j'aille me refaire une cafetière.
Eh ben non, je n'ai pas cédé, je n'ai pas donné d'ordre, ni de noeud, ni rien du tout. j'ai dit au mâle tout nu que, rien à faire, j'ai jamais eu l'âme d'une dirigeante à distance. Moi j'aime mettre mes griffes sur une peau, la voir frémir et se rougir sous les cordes, passer le doigt entre elles, pincer, palper, sentir. Nullement virevolter entre noeuds virtuels et discussions tranquilles avec amis lointains.
Il a écrit une phrase, sans doute encore tout nu là bas devant sa cam éteinte, tout noué ou délié, je n'en sais même rien. Et quand j'ai répondu après quelques minutes, il avait disparu encordé ou pas, dépité sans doute. J'ai fini mon café, bien réel celui là.
