Canalblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Devilish Lady au jour le jour
Publicité
16 janvier 2006

Fétichiste

Il est là, sur le lit à coté de mes vêtements pliés, prêts à être emportés. Je l’avais sorti de la boite enterrée dans le fond du placard depuis si longtemps que son oubli commençait à se compter en années, puis je l’avais posé face à moi ou peut-être devrais-je dire lâché, craignant que les souvenirs incrustés tels des coquillages proliférant sur une coque abandonnée au mouillage, puissent encore me couper. Il est vrai que je ne l’ai pas exhumé par hasard mais l’heure n’est pas à l’œuvre, juste le temps de le mater au travers la fente de mes paupières lourdes de torpeurs matinales.

Son observation m’étonne car je ne me l’imaginais pas si petit, si dépouillé. J’avais au contraire un souvenir où, de forme plus ample, il était chargé d’ornements. Dans le réajustement de son image avec la réalité, j’en remesure l’usage. Entièrement noir, il est relevé de liserés rouges tissés, disposés verticalement à intervalles réguliers, une dentelle en finition orne les extrémités. Cela suffit. Son dépouillement et son bon goût me ravissent.

Le temps avait œuvré et la patine déposée en ses plis contraste désormais avec le lustrage du tissu au droit des méridiens de tension. Je me prends à chercher à sa surface, caché entre les  poussières, les pellicules de peau arrachées par les contraintes d’antan.

M’enhardissant, je le saisis. Il est raide sous la soie. Je touche ses attaches du bout des doigts, l’une après l’autre, de haut en bas, de bas en haut, glissant sur le chrome et m’attarde sur la troisième. Elle avait été tordue  lors d’un enlèvement précipité et elle rebique là, sous mon nez, elle me nargue. Je joue avec comme d’un accordéon puis, le tourne, le retourne. Son laçage est emmêlé, pas trop. Dans la partie haute la rosace d’arrêt d’un ancien réglage est solide, en son milieu le cordon est resserré et en bas la boucle qui le clôture est toujours en place. Tous ces nœuds ! Ils me rappellent tant et le passé revient au présent.

Elle entrouvre la porte de ma mémoire et je la revois dans la semi obscurité de la pièce, parée, parfumée, asservie par sa tenue mais libérée de son attente. Je sais qu’elle passe des heures avant nos rencontres à se préparer, à patienter jusqu’à l’instant où je la redécouvre. Il était sur elle. Il est toujours sur elle, tout près, soulignant ses hanches et rythmant  à petits souffles sa respiration. Je ne l’ai presque jamais vu nue, une fois, deux peut-être. S’il ne restait plus qu’un à fleur de peau, ce serait lui. Le surplus du lacet est enroulé autour de sa taille, tombe sur ses reins et finit par s’insinuer dans la raie de ses fesses. Drôle de queue ! Un sourire, le rituel commence. Mes mains se pose sur lui. Elle l’a serré plus fort que d’habitude et dans l’excitation de nos retrouvailles elle halète déjà. C’est mon complice, son étau. Il crisse, il l’a fait souffrir, j’aime. Elle a crié, pleuré, soumise au bord de l’asphyxie, toute la nuit. Au petit matin je l’ai desserré. Sa peau avait son empreinte, des striures profondes et verticales sur ses flancs, un long zigzag rouge dans le dos.

Le souvenir repart mais dans l’étoffe que je tiens, elle est encore palpable. J’y enfouis mon visage, sens. J’ai toujours aimé les odeurs, bonnes et mauvaises. La sienne était agréable mais est-ce la sienne ? Je renifle encore et je souris seul dans la chambre avec ce doute. Il est vrai qu’une autre l’a porté, celle qui dort dans ce lit. Elles ne se sont jamais rencontrées. Elles ont eu l’envie mais n’ont pas trouvé le courage et il parait que les hommes sont lâches. Une pointe de regret m’assaille. Ca aurait pu être bien.  Lui, c’est le lien qui les relie dans l’absence, celui qui a porté leur trace tout contre l’autre. Jamais elles ne furent si proches. Elles ont mêlé leur sueur, palpé leurs effluves et imprégné ses fibres. Qu’avais-je écrit déjà ? Oui, je me souviens:

-« Ce matin en quittant mon lieu, j’ai emporté un objet t’appartenant. Il a été laissé en mes céans par ma chienne rassasiée. Une autre chienne le passera ce soir s’imprégnant de toi. Je serrerai fort à la taille, la prendrai par les hanches puis je la baiserai et l’enculerai. Ce soir je te manquerai un peu plus et je te rendrai ton dû avec l’odeur de l’autre. »

Je n’ai pas rendu le dû. Il a fini dans un carton avec les gris-gris parias mais précieux, à coté de boites à chaussures remplies de photographies qui n’iront jamais dans l’album.

Les haut et bas d’armoire en sont pleins, en fait le monde est dans le placard. C’est l’univers concentré de nos vies, nos amis, nos parents, nos grands-parents et ces inconnus qui ont vécu avant, avec eux. J’aime les vieux clichés, les redécouvrir. Ce sont des témoins qui parlent au cœur crescendo comme si le passé imprimé voulait dans l’intensité de l’émotion rattraper le présent. Lui, le dû, en ce matin c’est pareil. Il me parle.

J’avais écouté la femme serpent. Elle m’avait dit :

-«  Sors-le, emporte-le, mets lui ! »

Quel raffinement! Elle l’avait enchanté. Il m’envoûtait. L’autre le mettra et je le clamerai, il ne peut en être autrement. Je le roule et le place dans le sac à l’intérieur d’une chemise. Est-ce un geste inconscient ? Non, bien sur que non et le pervers en profite. Il se frotte de tout son long, tendant les boutonnières, ses broderies languissant sur le col. Pour sceller le pacte j’avais mis une condition et réclamer sa culotte. Elle devinait quel usage j’en ferai et l’idée la séduisait. C’était une que je lui avais offerte. Ainsi, acceptant d’être aux ordres de la tentatrice, je m’apprête à enfermer dans l’écorché de soie de la femme originelle, ma nouvelle putain. Laquelle d’entre elles sera transpercée par les dards de l’envie ? Dans quel creux de l’abdomen pénètreront les surins de la jalousie plus acérés que ceux d’une vierge de fer? J’ai attendu la journée, je n’ai pas trouvé la réponse et elle est devant moi nue, ces formes amples s’épanouissant dans la lumière du soir. Je lui présente, elle le dévore des yeux. Un sourire gourmand se lit sur son visage. Elle rêve de lui depuis des jours et son être transpire la jouissance attendue. Elle connaît son histoire, qui l’a porté. Je ne sais si le port de l’attribut lui procure la joie d’être adoubée salope en titre et dernière garante de la tradition ou si c’est le plaisir sauvage de la conquérante qui tue et dépouille sa rivale en criant «Vae victis». J’en déguste le paradoxe. Elle s’avance, lève les bras, je lui referme sur le ventre. Trop petit ! Elle rage. Les nœuds, j’ai oublié, ils n’étaient pas défaits. Je desserre l’ensemble, elle me l’arrache presque des mains, elle tremble, s’énerve, trop serré encore ! Je prends cette fois le temps de le relâcher entièrement en répartissant sur sa hauteur tout le cordon. Les crochets coincent la peau, se ferment de bas en haut, tous. Ses seins se mettent en place et débordent. Elle se retourne,  je commence à le retendre, œillet par œillet, rang après rang. Il est au maximum, presque trop grand maintenant. Sa taille est merveilleusement fine et ses fesses saillissent comme si elles demandaient des outrages immédiats. Je prends ma cravache, lui ordonne de se mettre face au mur et je marque ses chairs devant, derrière, profond. Les zébrures apparaissent rouges, elle est déjà trempée, le sexe humide, le cou perlant de sueur. Ce sont toujours les prémisses annonciatrices de son excitation. Je lui annonce que nous sortons ce soir et qu’elle n’a pas été préparée à coups de lavements, pommadée et harnachée pour rien. Avant de passer sa robe je lui tends la culotte. Elle s’étonne, elle sort toujours sans sous-vêtement avec moi. Je lui explique sa provenance, son rôle et lui demande de la mouiller pour contresigner car à mon retour il faut qu’elle puisse sentir et lécher. Le slip s’ajuste, la robe, glisse le long des baleines tendues sur ses cotes et tombe sur sa croupe. La porte claque, les trois coups sont donnés, la jeune première est parée du fétiche, il n’y a plus qu’à relever face au monde le rideau.

M.

Publicité
Commentaires
M
Il est un temps pour ecrire, un autre pour vivre<br /> ...<br /> Un fil d'ariane:<br /> <br /> www.espace-blog.com/wado<br /> <br /> A suivre...
Répondre
F
merci ami de réapparaître, entre agenda trop empli et impossibilités dures à avouer, tu t'étais évanoui... Retrouver tes mots, ecrins des maux que tu dispenses est un ravissement... Puis-je le dire... tu me manques, nos discussions, nos complicités, tes pointes de cynisme et nos rires devant une vendange tardive... <br /> A bientôt te retrouver cher démon <br /> Féline, Dame née des désirs masculins... (hihi!)
Répondre
L
Ps: Dans quel brasiers infernaux s'est perdu votre site? Snif voici un moment que je ne le trouve plus :-(
Répondre
L
Maître Musashy, mille merci pour ce superbe cadeau. Un texte de vous est toujours un immense plaisir des sens.<br /> Mes amitiés à vous<br /> Lady_DvL
Répondre
V
Magnifique texte, révérence à l'auteur(se).
Répondre
Devilish Lady au jour le jour
Publicité
Devilish Lady au jour le jour
Publicité
Newsletter
Derniers commentaires
Archives
Visiteurs
Depuis la création 284 500
Publicité
Publicité